Le Calculateur Edison

 

  Dans son usine à inventions de West Orange, Thomas Edison dévoile au public ébahi sa dernière création : une machine analytique électrique, également appelée "calculateur".

 

  Bien qu'Edison s'en attribue la pleine et entière paternité, son calculateur est très fortement inspiré des premières machines kubernétiques mises au point par son confrère du Symposium Krylenkov mais aussi des travaux d'un obscur (et défunt) inventeur anglais nommé Edwin Galifrey, disciple de Charles Babbage, père de la première machine analytique mécanique. Composante imprévue du programme de développement technologique contrôlé par le Symposium, le calculateur Edison a surtout pour vocation de permettre à son "inventeur" d'apparaître aux yeux du public comme le véritable pionnier de la mécanique analytique et de s'approprier ainsi une partie de la gloire normalement promise à Krylenkov - peu désireux de rendre publics ses travaux, mais tout aussi peu désireux de voir quelqu'un d'autre le faire à sa place. En agissant ainsi, Edison cherche en fait à pousser Krylenkov à divulguer ses dernières réalisations, afin de pouvoir ensuite les exploiter à grande échelle, avec son savoir-faire habituel.

 

  Comme son nom l'indique, le calculateur permet d'effectuer automatiquement et d'une manière extrêmement rapide les opérations mathématiques les plus complexes. L'aspect des premiers calculateurs Edison rappelle celui d'une volumineuse armoire en bois renforcée de métal et agrémentée d'un pupitre de contrôle garni de nombreuses touches, manettes et autres commandes. L'opérateur soumet les données à la machine grâce à un clavier numérique : ces données sont ainsi dactylographiées au fur et à mesure sur une bande de papier qui défile sous les yeux de l'opérateur, afin de permettre une vérification visuelle permanente. Grâce aux circuits contenus dans le coffrage de la machine, les données sont ensuite transmises sous forme d'impulsions électromagnétiques jusqu'au "cerveau" du calculateur, qui effectue les opérations demandées en un temps record. Ce "cerveau", qui occupe l'essentiel de l'armoire, est alimenté par une batterie électrovulcanique. Il se présente sous la forme d'un enchevêtrement complexe de rouages et de fils reliant entre elles les différentes parties internes du calculateur. Lorsqu'il est "au travail", le calculateur produit un vrombissement continu, ponctué d'un concert de cliquetis, de grincements et de bourdonnements parfois assez inquiétants. Le cerveau de la machine dispose également d'une mémoire capable d'enregistrer toutes les données traitées par le calculateur sur des cylindres de cire stockés à l'intérieur de la machine, cylindres qui sont évidemment amovibles et remplaçables. Chacun de ces cylindres peut contenir l'équivalent d'une centaine de pages de données, compressées grâce à un système de codage des plus élaborés. Grâce à son extension dactylographique, le calculateur est également capable d'imprimer sous forme de feuilles de calcul détaillées le contenu de n'importe lequel de ces cylindres.

 

  Potentiellement, les applications concrètes du calculateur sont aussi multiples que spectaculaires, ses performances permettant de véritables tours de force en matière de statistique, d'arithmétique ou de cryptographie… Pourtant, cette fabuleuse machine restera pour Edison un demi-échec, en termes de publicité et d'influence sur la société : ingénieurs, scientifiques et journalistes salueront une fois de plus son extraordinaire génie inventif, mais les extraordinaires possibilités du calculateur ne seront jamais véritablement comprises ni exploitées par le grand public - comme si, en cette fin de XIXème siècle, le monde n'était pas encore prêt à entrer dans l'Ère de l'Information. Cela dit, le calculateur sera abondamment utilisé au sein des structures contrôlées par l'inventeur, à commencer par la Ligue des Inventeurs et les Hérauts du Progrès. Jamais à court d'idées, Edison créera un Bureau Analytique chargé de mettre à disposition du gouvernement américain une véritable batterie de calculateurs perfectionnés - Bureau qui pourrait bien jouer un rôle de premier plan dans la future guerre mondiale... Environ un an après la première démonstration publique de son calculateur, Edison rendra publique une version "revue et améliorée", de dimensions un peu moins imposantes et d'un usage un peu plus facile. La grande innovation sera une "extension télégraphique" permettant à la machine d'envoyer, de recevoir et de stocker des messages sur le réseau télégraphique mondial. Irrité par le peu d'engouement créé par sa "machine à penser", l'inventeur américain cherchera constamment à en améliorer les performances, qui resteront toujours (à son grand dam) très inférieures à celles des cerveaux kubernétiques de Krylenkov.

 

ORDINATEURS VICTORIENS

  Contrairement à une opinion largement répandue, l'histoire des technologies de l'information commence bien avant le XXè siècle, avec la fameuse machine à calculer de Pascal mais surtout avec les travaux du mathématicien anglais Charles Babbage et de son assistante Ada Lovelace. Dans les années 1860, Babbage conçut une "machine analytique", énorme calculatrice mécanique capable d'enchaîner différentes opérations suivant une séquence pré-établie, donnant ainsi naissance à la notion de "programme". Sans doute trop avancées pour leur époque, les recherches de Charles Babbage ne trouvèrent qu'un écho limité auprès de ses contemporains; il mourra en 1871, sans avoir pu réaliser sa "machine à différences" la plus sophistiquée. Mais l'ère de l'information est en marche ! En 1887, un jeune statisticien américain de 27 ans nommé Herman Hollerith met au point une machine capable de traiter les données du dernier grand recensement national. Perfectionnant son invention, Hollerith crée plusieurs machines électriques capables de compter et de classer les informations; en 1896, il fonde la Tabulating Machine Company, qui deviendra plus tard la célèbre International Business Machines, plus connue sous le nom d'IBM…

 

  Dans le monde d'Uchronia, la Révolution informatique a déjà commencé… du moins pour les membres du Symposium et pour leurs collaborateurs les plus haut-placés. Grâce à l'extraordinaire avance technologique des Prométhéens, le mathématicien russe Sergei Krylenkov est parvenu à concevoir des "cerveaux kubernétiques" à peu près aussi performants que nos ordinateurs modernes (mais évidemment beaucoup plus volumineux, esthétique "steampunk" oblige); de son côté, Thomas Edison a mis au point son premier Calculateur, lointain descendant électrique de la machine analytique de Babbage. Quant au Club, ses Curateurs et ses Sentinelles utilisent communément d'étonnants Logigraphes basés sur l'ancienne technologie atlante et sur les travaux de leurs plus brillants Horlogers. L'existence des Logigraphes du Club et des cerveaux kubernétiques de Krylenkov est évidemment inconnue du grand public, contrairement à celle du Calculateur Edison - dont le succès reste toutefois très inférieur à celle des autres "grandes créations" du célèbre Américain, sans doute parce que le monde des années 1890 n'est pas encore prêt à entrer dans l'âge de l'information. L'Academia Mecanica n'est pas en reste, plusieurs de ses membres ayant décidé de reprendre les travaux du professeur Terranova en matière de cybernétique - ou plutôt de "kubernétique" pour reprendre l'appellation typiquement "uchronienne" de cette discipline. Quant à Herman Hollerith, il a d'ores et déjà intégré la Ligue des Inventeurs, ainsi que la société secrète des Hérauts du Progrès : sa Tabulating Machine Company pourrait bien voir le jour avec quelques années d'avance, sous la bienveillante tutelle de Thomas Edison et de son consortium…

 

  Seul un personnage doté d'une Grande Fortune peut sérieusement envisager l'achat d'un Calculateur Edison. L'utilisation optimale d'un calculateur Edison requiert un certain temps d'apprentissage, qui sera considérablement facilité si le personnage possède une Formation Scientifique ou, mieux encore, un Esprit Analytique. En termes de jeu, on pourra considérer que le calculateur possède les Atouts Esprit Analytique et Mémoire Etonnante, et qu'il peut faire bénéficier son utilisateur de ces Atouts dans toutes les tâches en rapport avec la compilation, l'analyse, la synthèse ou le traitement d'un grand nombre d'informations. Le Chroniqueur pourra aussi estimer qu'un calculateur permet de se livrer à de telles opérations beaucoup plus rapidement, la durée exacte de chaque situation étant laissée à son appréciation. Concrètement, il ne faut pas perdre de vue que cette invention reste une machine à calculer incroyablement puissante et performante mais ne constitue en aucun cas une "intelligence artificielle" capable de raisonner comme un esprit humain.

 

 

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